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De la fracture sociale

Mis à jour : avr. 18

Génération disruptive, les Millennials font parler d’eux partout en occident. Ces 80s (éy tize) et early 90s (nayne tize) sont devenus le bouc émissaire de tous les problèmes sociaux, économiques, institutionnels qui minent le monde. Bref, l’incarnation du mal.


Je ne vais pas aller dans les détails de toutes les accusations faites contre les Millennials, tonton Google est là. Je vais plutôt m’appesantir sur celles que j’ai pu subir moi-même et d’autres observées dans la vie de tous les jours.


En tant que jeunes africains, on n’échappe pas au lot de reproches et remontrances par nos « ainés » (comprenez ici toute personne plus âgée que vous, qu’il y ait lien de parenté ou pas. Soit environ 500 millions d’individus). Reproches sur le style de vie, le choix de carrière et de partenaires, la relation que l’on choisit d’entretenir avec la famille, etc.


Je me suis entendu dire récemment que je ne communiquais pas assez avec ma famille, raison qui m’a poussée à rédiger ce billet d’ailleurs. Le fait est que je ne suis pas seul dans cette situation. De nombreux jeunes africains aujourd’hui, même en ayant grandi dans un pays africain, ne partagent pas toujours la même vision de la famille que leur parents.


Pour ces derniers, cela s’assimile soit à de l’insolence soit à une ‘occidentalisation’ de notre pensée. Une perte de nos valeurs africaines. Sauf que pour la plupart d’entre nous, il ne s’agit que d’un simple état d’esprit. Ne pas prendre de nouvelles régulièrement ne signifie pas oubli ou manque d’amour.


J’ai un ami qui m’a dit que malgré tous les sentiments qu’il ressent pour ces parents, il n’arrive toujours pas à « connecter » avec eux. Il m’expliquait qu’il n’a jamais reçu de preuves directes d’amour. Il savait que ces parents l’aimaient à leur façon et il leur en était reconnaissant. Seulement le type de connexion qu’ils exigent de lui aujourd’hui ne lui a jamais été inculqué. Voir ses parents aujourd’hui lui réclamer l’attention qu’il n’a jamais reçu lui semblait étrange.


Je lui ai dit qu’il ne fallait pas qu’il prenne ça négativement, qu’il s’agissait là au contraire d’une preuve que ses parents avaient changé de mentalité. Qu’il voit cela comme un effort de leur part pour rattraper les moments perdus quand il était plus jeune.


Le plus souvent ce sentiment qui fait que l’on ne veuille pas écrire à nos parents vient d’une peur innée. Une peur que l’on ne peut s’expliquer. Parfois aussi c’est juste de l’orgueil avec un brin de colère. « Comment ces personnes qui ne m’ont jamais réellement donné d’affection peuvent en exiger de ma part aujourd’hui ? ». C’est pourquoi il faut apprendre à pardonner ses parents avant de pouvoir complètement reconnecter avec eux. Faire table rase des expériences passées et prendre un nouveau départ.


D’un autre côté, on ne veut tout simplement pas avoir d’interaction répétitive avec la famille. Et là je parle dans un sens plus large. Pour beaucoup d’entre nous, grandir dans une famille avec plus de 10 personnes dans un même espace est tout à fait normal. Entre les cousins, tantes, amis de la famille, l’ambiance et la bonne humeur était toujours au rendez-vous.


Et puis on a grandi. Nos valeurs ont évoluées, ou ont tout simplement été influencées. Étant de la diaspora, je ne peux nier l’influence que la vie à l’étranger a eue sur ma façon de voir les choses. Ma vision de la famille et des relations sociales n’est plus la même. Un sentiment d’individualisme, d’indépendance nouvelle naît en nous.

On veut avoir le choix de parler, ou de ne pas le faire. On découvre un monde d’opportunités et de libertés. Plus aucun tabou, plus aucunes restrictions, plus rien. On se sent enfin vivre… L’amour pour nos parents n’a pas changé. C’est la façon dont on l’exprime qui est différente.


La question de la disparition de nos cultures ne naît pas d’aujourd’hui. Depuis plusieurs années déjà, les maîtres à penser africains fustigent l’impérialisme culturel occidental. Pertes de nos langues et traditions mais aussi et surtout de notre probité morale.


Est-ce une façon de dire qu’une culture dans laquelle les droits des femmes et des enfants sont bafoués, la pratique de la violence est chose commune, le sexisme, le racisme, le classicisme, le népotisme, la xénophobie et l’homophobie sont loués, représente la probité morale ?


Je suis un fervent défenseur de nos us et coutumes. J’estime qu’au-delà de la nationalité qui nous éunit tous, ce sont nos appartenances culturelles qui font de nous des individus entiers. Cependant, comme toute culture dans le monde, les nôtres ne sont pas infaillibles.


Comment comprendre qu’aujourd’hui encore dans certaines contrées, le mariage interracial soit totalement interdit ? Ou d’autres le mariage forcé des jeunes filles continue à se faire ? Que des parents empêchent à leurs enfants de réaliser leurs rêves ? Que cette notion de culture soit utilisée pour opprimer ? Une remise en question est nécessaire.


Les temps changent, les gens changent aussi inévitablement. Je pense qu’il est important de garder des liens forts avec sa famille et sa culture. Il suffit de voir les effets de la nucléarisation des familles en Occident. Ce n’est pas un exemple à suivre. De même, ce qui fait de la culture occidentale ce qu’elle est c’est parce-que elle a su se préserver à travers les siècles tout en évoluant avec son environnement.

C’est notre rôle en tant que génération disruptive de faire bouger les choses, de bâtir notre avenir et de définir le type de valeurs que nous y adopterons.

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