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Covid-19 : Analyse d'un non-expert



2.326.934, c’est le nombre total de cas confirmés de coronavirus (Covid-19) dans le monde. Ce virus qui semble avoir trouvé ses origines dans la grande nation de l’Est s’est rapidement propagé aux quatre coins du globe, laissant derrière lui morgues et hôpitaux saturés, villes délaissées, familles enfermées chez elles ou parfois même séparées.


Les mots confinement et quarantaine sont désormais dans toutes les bouches. Les débats autour des types de masques, FFP2 ou N95, sur la durée d’incubation, les gestes barrières, la propagation avérée ou non d’un contaminé asymptomatique, bref tout ce qui tout ce qui est en rapport de près ou de loin avec le covid-19 fait désormais partie des conversations quotidiennes. Au milieu de tout ce chaos, une question ne cesse de revenir, que peut-on faire pour endiguer cette pandémie ? La création d’un vaccin est un processus qui s’étale sur plusieurs mois, quelles peuvent donc être les solutions ou possibles mesures que peuvent prendre les dirigeants et les gouvernements pour atténuer au maximum l’impact du covid-19, autant sur le plan économique, sanitaire que social. Je vais tenter de proposer des idées en m'inspirant de ce qui marche dans les autres pays affectés par cette pandémie.


Il est tout d’abord important de rappeler les mesures prises par les autorités compétentes. L’objectif n’est pas ici de jeter le blâme sur une quelconque entité ou même de critiquer ces dernières. Tous les pays du monde combattent ce virus avec les moyens qui sont à leur disposition, le Gabon n’en est pas exempt. Parmi les principales mesures prises par le gouvernement on peut noter la création d’un comité spécial chargé de gérer la crise, l’arrêt des vols internationaux vers et au départ du pays, la fermeture de la plupart des commerces non essentiels, la mise en place d’un centre d’appel téléphonique, l’instauration d’un couvre-feu et la fabrication de gels hydroalcooliques. Avec les 6 cas confirmés que compte le pays ces mesures peuvent sembler alarmistes mais au vu de la gravité de ce virus, la prudence est de mise. 


Sur le plan économique :


Il est évident que les économies de nos pays ne sont pas assez robustes pour supporter le choc d’une récession post pandémie. Couplé à cela, la chute des prix du baril de pétrole dont le Gabon dépend largement. C’est pourquoi des initiatives doivent être prises autant sur le plan national, régional, qu’international. 


Au niveau national, analyse de l’impact possible et mise en place de mesures préventives afin de s'assurer de pouvoir continuer les missions régaliennes de l’Etat (paiement des salaires et charges notamment). Création d’un fonds spécial afin de pouvoir aider les petites entreprises et les travailleurs indépendants qui seront directement impactés. Cela peut passer par des exonérations fiscales ou encore gels des loyers selon les pays. À noter que ces mesures ne sont pas nécessairement toutes applicables au Gabon mais elles peuvent servir de base. 


Au niveau régional, le Gabon devrait agir en leader et immédiatement convoquer une réunion d’urgence des ministres de l’économie de la zone CEMAC afin de discuter de la situation. Il est plus que jamais nécessaire que nos pays priorisent la coopération. Une task force, en coopération avec la BEAC doit être créée pour analyser l’impact sur la valeur monétaire mais aussi pour proposer des mesures adéquates afin de maintenir au même niveau les échanges commerciaux entre nos pays.


Au niveau international, cette task force devrait aussi servir de lobby auprès de nos créanciers à l’international pour demander le report ou l’annulation de nos dettes. Elle pourra également entrer en contact avec les autres institutions régionales afin de créer un mouvement qui aura plus d’impact.


Sur le plan sanitaire :


Tout comme l’initiative économique, le Gabon devrait aussi convoquer une réunion des ministres de la santé de chaque pays en présence des différents acteurs scientifiques. Là aussi il est nécessaire de créer une task force sous-régionale. Il est important de partager, et ce dans la plus grande transparence, les résultats de nos analyses et recherches sur le virus. Nos différents laboratoires peuvent converger leur donner et pourquoi pas proposer de possibles essais clinique de vaccins. Cette task force devra aussi analyser les résultats des pays avec le plus grand taux de personnes guéries du virus pour pouvoir développer des protocoles fiables pour endiguer cette pandémie. Une fois que le nombre de cas positifs commence à se compter par centaine, tout s’emballe et on se retrouve tous en position de faiblesse. C’est maintenant, pendant que la situation le permet encore qu’il faut agir. Et même s’il s’avère que la pandémie ne frappe pas l’Afrique avec le même impact qu’elle a eu ailleurs, cet exercice de coopération s’avérera bénéfique pour le développement de nos pays.


Au niveau national, j’ignore les capacités sanitaires et logistiques du Gabon. Le nombre de lits disponibles pour les hospitalisations, celui en soins intensifs, de respirateurs, de masques ou encore produits de nettoyage et équipements de protection disponibles. Il est évident qu'il faille renforcer les stocks et si possible préparer le génie militaire à la construction d'un hôpital temporaire en cas d'explosion du nombre de cas. L'avantage de la coopération ici permettra aussi l'évacuation des cas graves vers des pays voisins. Cela requiert la préparation d'un ou plusieurs hélicoptères médicalisés, la location de ces derniers auprès d'autres pays n'est pas exclue compte tenu de la situation. Mais toutes ces mesures demanderont un sacrifice énorme pour le pays et les caisses de l'Etat risquent d'en pâtir sur le long terme.


En ce sens je peux recommander une approche quelque peu controversée si on en croit les médias occidentaux mais qui a fait ses preuves dans de nombreux pays. La question que tout le monde se pose, hormis le pic en Chine pourquoi les pays asiatiques ont-ils moins de cas de contamination que les pays européens ? La réponse se trouve dans deux choses, la culture et le port de masque.


La culture asiatique fait que les individus ont pour la plupart confiance en leurs autorités. À ne pas confondre confiance et appartenance politique. On peut ne pas être d’accord politiquement avec un gouvernement mais on a confiance sur le fait qu’en cas de crise les mesures nécessaires seront prises pour la gérer. Taiwan est l’une des premières nations à avoir pris des mesures préventives en arrêtant les vols vers la Chine dès janvier. La présidente a ensuite incité les entreprises à produire autant de masques que possible tout en bloquant toutes les exportations afin de remplir le stock national. Aujourd’hui il y a assez de masques pour tous les citoyens, personnels soignants et malades.


Un pays européen a pris les devants, se démarquant ainsi de tous les autres en incitant sa population à porter obligatoirement des masques à l'extérieur, il s’agit de la République Tchèque. Et contrairement à Taiwan, l’initiative est partie des citoyens eux-même. En effet, n’en déplaise à certains, il existe nombreuses études montrant que selon le matériel utilisé, un masque normal peut être tout autant efficace qu’un masque spécial. Bien sûr il ne se substituera jamais à un N95 mais il permet de réduire largement les risques de contamination. Le masque perd son efficacité si il n’y a qu’une partie infime de la population qui en porte, mais si son port devient obligatoire pour tous il devient alors possible de contenir la pandémie. L’option du port de masque n’est pas une solution miracle qui va complètement éradiquer le virus, c’est juste une option parmi tant d’autres pour ralentir sa propagation en attendant la sortie d’un vaccin.


Le principal challenge va être de changer les habitudes de nos populations. Comme mentionné plus haut, le port du masque est entré dans le quotidien des populations asiatiques. Il est beaucoup plus étrange de voir quelqu’un sans masque que d’en voir quelqu’un en porter. Ici c’est tout le contraire. Mais rien n’est impossible, la République Tchèque a pu le faire grâce à la transparence de son gouvernement. En Slovaquie, la Présidente de la République et l'ensemble du gouvernement ont porté un masque et des gants lors d'une cérémonie de prestation de serment. Cela inspire la confiance mais rassure aussi les populations. Personne ne veut rester indéfiniment à la maison et le port du masque par tous permettrait de lever beaucoup plus tôt le confinement. Le gouvernement doit analyser les différents designs de masques DIY et le proposer aux populations. Tout le monde pourra faire fabriquer ses masques chez le tailleur ou chez soi tout en respectant les mesures de sécurité. L’État pourra créer des affiches à distribuer à tous les tailleurs afin qu’ils connaissent les étapes à suivre pour la fabrication de ces derniers. Une partie des stocks de masques de l’État pourront être distribués aux personnels soignants et personnes en difficulté et l’autre partie conservée. Les gens pourront ainsi progressivement reprendre le travail tout en respectant les gestes barrières. Une fois la pandémie passée, l’obligation du port de masque en public pourra être levée. Ce modèle est possible à cause de la faible population du pays, il serait plus difficilement applicable dans une nation de plusieurs dizaines de millions d’habitants.


Un autre élément important à prendre en compte est le nombre de tests effectués mais aussi la rapidité des résultats. Il faut absolument développer des tests qui fournissent des résultats dans la journée et aussi tester le maximum de personnes possible selon l'Organisation Mondiale de la Santé. Sans tests il sera impossible de détecter les cas à temps afin de les isoler avant qu’ils ne contaminent d’autres personnes. Le port du masque n’est pas infaillible, il doit s’accompagner d’une politique de test calquée sur le modèle sud coréen. La ministre des affaires étrangères a dit lors d’une interview accordée à la BBC que ce qui a aidé la Corée du Sud à contenir le virus après l’explosion initiale, c’est le nombre de tests. Ils ont immédiatement mis à profit leur expérience de pandémies passées pour développer rapidement des tests à grande échelle. Aujourd’hui tout le monde, pas que ceux présentant des symptômes, peuvent se faire tester gratuitement. Il va de soi que la prise en charge totale des frais médicaux liés au covid-19 est nécessaire.


Il ne faut pas s'arrêter là, en plus des tests il faut créer une carte interactive des cas et la diviser par zone. Comme recommandé par le Dr. Srinivasan, les zones vertes seront celles dont les populations ont été testées à 2 ou 3 reprises sur l'étendue d'un mois pour garantir à 100% qu'il n'y a plus de contamination. Les zones rouges seront celles avec des cas avérés mis en quarantaine. Leur location exacte devra être connue des autorités. Les cas suspectés devront aussi faire partie de la zone rouge et ce jusqu'à confirmation de leur résultat négatif. On évite ainsi que le virus passe d'une zone à une autre mais aussi de devoir retester des personnes qui sont dans des zones vertes. Il faudra donc que la police ou les militaires s'assurent que personne ne sorte de sa zone pour se rendre dans une autre. Grâce à cette technique de testing agressif par régions, on pourra éradiquer la pandémie.


Sur le plan social :


Avec les mesures de mitigations prises pour ralentir la propagation du virus, de nombreuses personnes vont se trouver sans revenus pour subvenir à leurs besoins et ceux de leur famille. C’est pourquoi il faudra créer un registre des personnes économiquement faibles ou alors se baser sur les données (actualisées) de la CNSS/CNAMGS.


  • Création de chèques repas à raison de 2 par familles et par mois. Ce chèque repas donnera accès à un certain nombre de produits de première nécessité. Ce chèque ne sera ni échangeable ni vendable. Il pourra être retiré à certains endroits, la logistique devra être organisée de sorte que les mesures de sécurités soient respectées. Le chèque en question nécessitera une pièce d’identité pour pouvoir le retirer, il aura un numéro associé et répertorié dans la base de données afin d’éviter une quelconque erreur. Après avoir retiré leurs chèques, les individus pourront se rendre auprès des magasins présélectionnés et faire la queue à l’extérieur, pour éviter tout risque de contamination. Sur place des agents de force de l’ordre, un employé du magasin et des employés de l’Etat pour assurer l’enregistrement des chèques et la distribution des denrées. Ce chèque ne permettra pas d’acheter tout ce que l’on veut, il permet juste de prouver son identité et son éligibilité à l’aide. Là aussi il faudra la pièce d’identité du représentant de la famille qui a récupéré le chèque. Ensuite la personne se verra remettre un certain nombre de denrées. Je laisse l’appréciation aux experts de l’État sur le fonctionnement et la mise en place mais un sac devrait contenir assez pour pouvoir nourrir une famille pendant au moins deux semaines (riz, huile, lait, sucre, sel, conserves, etc).

  • Prise en charge totale des factures d’eau et d’électricité pendant les 3 prochains mois, toujours pour les populations économiquement faibles. Des mesures similaires peuvent être prises pour l'ensemble du pays avec par exemple une prise en charge de l’ordre de 15% des charges de l’ensemble des foyers. L'interdiction d’éviction en cas de non paiement de loyer sur cette période peut être aussi une bonne mesure et pour l’amortir coté propriétaire, exempter le paiement de la taxe foncière sur la même période (si elle existe).


  • Penser aussi à ceux qui exercent des professions libérales affectées par les mesures de confinement, les travailleurs indépendants et ceux du secteur informel. Toutes ces couches de la population allant de la gérante du bar au coiffeur du quartier se retrouvent sans aucune sources de revenus. Je n'ai pas d'idée précise sur la façon dont ils pourraient être identifiés et quelles mesures accompagnatives peuvent être prises à leur égard. C'est un dossier sur lequel le gouvernement doit réfléchir et apporter des solutions.


Sur le plan éducatif :


J'ai passé des heures à réfléchir à une solution efficace pour permettre aux élèves et étudiants de nos écoles, collèges, lycées et universités de continuer leur apprentissage. La solution est simple mais pourtant difficile. Elle passe par l'accès à internet. Il serait facile de recommander aux élèves une plateforme quelconque de e-learning et les laisser à leur sort. Cependant, ce serait une des mesures les plus discriminatoires que pourrait prendre l'Etat. Il n'existe aucun site gabonais regroupant l'ensemble des programmes de l'Education Nationale. Ce ne sont pas les initiatives qui manquent mais les données sont difficilement trouvables. Comment donc faire pour que l'enfant n'ayant pas de téléphone puisse suivre les cours de la même façon que son camarade qui a un smartphone et un accès 24/24 à internet ?


2 possibilités de sorties, utilisation de Facebook ou de Whatsapp. Il est possible de créer des groupes sur Facebook et sur whatsapp, les différents établissement, en concertation avec l'Éducation Nationale doivent créer des groupes facebook pour chaque groupe de classe (6e, 5e, 4e, etc). Prenons l'exemple de Whatsapp. Après création du groupe il devra être désigné un administrateur qui se chargera de prendre les documents envoyés par les profs avec intitulé "4e B - Mathématiques - 1". Chaque prof devra donc créer un document pdf avec ses cours (et exercices) et s'il s'agit de cours de mathématiques ou de physique par exemple, les profs pourraient prendre en photo des schémas ou formules qu'ils auront eux même fait pour plus de clarté. Pour éviter toute confusion et permettre un accès facile à tous il est impératif que le partage de documents se fasse à des journées et horaires précises. Le lundi et le jeudi par exemple ou encore le mardi et le vendredi. Comment faire pour les élèves qui n'ont ni Facebook, ni Whatsapp ? Je propose que les parents de l'élève donnent leur numéro. Étant donné que le partage aura des heures fixes, ils pourront se préparer à l'avance. L'enfant pourra prendre le temps de recopier l'énoncé ou le sujet du cours dans son cahier pour pouvoir réviser par lui-même. Les profs devront donc aussi s'assurer que leur fiches soient simples et concises.


Afin de s'assurer que tout le monde puisse y avoir accès l'État pourra demander aux compagnies de téléphonie mobile d'offrir des données internet gratuites aux jours de distribution pour permettre à tous de télécharger les fiches. Cette solution n'est pas garantie de pouvoir aider à 100% mais c'est une piste de solution. Même si les parents eux-même n'ont pas de téléphone avec accès à internet, un voisin pourrait aider en ces temps difficiles. Il faudra aussi s'assurer que les groupes ne soient utilisés que pour la distribution des fiches et le retour des devoirs s'il y en a. Mais je ne pense pas que ce soit possible de faire faire des exercices à distance si tout le monde n'a pas un point d'accès à internet. Je suis sûr que le gouvernement réfléchit à des solutions, j'espère qu'elles seront efficaces. Idéalement un site internet ayant les mêmes fonctions que celles que j'ai décrit plus haut ferait l'affaire. Cela évitera la nécéssité d'avoir l'application whatsapp ou un compte Facebook parce que en terme de protection de données ce n'est pas la meilleure solution.


Cette crise ne pourra être surmontée que par un effort collectif. Aucun individu, aucun État ne peut s'en sortir seul. Il est de notre devoir à tous d'être responsables. Protégeons nous, protégeons nos familles, protégeons nos voisins, protégeons notre communauté, protégeons notre planète. Prenons soin de nous, restons chez nous.


PS : Je ne suis ni infectiologue, ni virologue, ni économiste, ni scientifique, toutes mes propotions ne sont que le reflet de mes opinions personnelles et n'engagent donc que ma personne. Elles ne se substituent pas aux indications des responsables gouvernementaux.


Sources :


- https://docs.google.com/document/d/1EWpWmyjzM4sNBF-7jp_1Y9a-pqiRg0wakGXy7kj11RA/edit


- https://twitter.com/balajis


- https://twitter.com/naval


- https://twitter.com/andrewnoymer


- https://twitter.com/jeremyphoward/status/1243576780084187137


- https://www.foreignaffairs.com/articles/asia/2020-03-20/how-civic-technology-can-help-stop-pandemic


- https://bnonews.com/index.php/2020/03/the-latest-coronavirus-cases/


- https://nypost.com/2020/03/24/iceland-scientists-found-40-mutations-of-the-coronavirus-report-says/


- https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC3591312/

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