Rechercher
  • Gabthinker

Blockchain : une porte de sortie pour l’Afrique ?

Mis à jour : avr. 18



Depuis plusieurs années déjà, les monnaies dites dématérialisées se sont largement installées dans notre quotidien. Cela va des crédits que l’on achète pour certains jeux et applications aux portemonnaies électroniques et cartes de crédits de grandes enseignes.


En ce qui concerne l’Afrique subsaharienne, une forme de monnaie dématérialisée en particulier s’est développée, il s’agit du paiement mobile.


Le paiement mobile est une forme de distribution de monnaie électronique. Le client effectue un versement sur son compte, préalablement ouvert chez un opérateur, puis se sert de son téléphone comme moyen de paiement. En général par l’envoi d’un sms.


Selon le rapport de la BEAC sur l’état des systèmes de paiement par monnaie électronique dans la CEMAC, « en valeur, les transactions globales de monnaie électronique qui s’élevaient à 1631 milliards de F CFA en 2016 ont dépassé 4700 milliards à la fin de l’année 2017. Le Mobile Money représente 96% de cette valeur. »* Cela démontre encore plus l’importance que prend ce type de transactions dans le quotidien des africains.



En ce sens, la crypto-monnaie, qui rentre dans la catégorie de monnaie virtuelle pourrait bien être adoptée par le continent.


Important : si vous n’avez jamais entendu parler des termes cryptocurrency, blockchain, block de données, etc, veuillez vous référer à cet article.


Plut tôt cette semaine, Akon a annoncé un énième projet pour ‘aider l’Afrique’. On se demande ce qu’il en est de son projet « d’éclairage de l’Afrique »… Son idée cette fois ci est de lancer sa propre crypto-monnaie Akoin et de créer ainsi une ville totalement basée dessus. Encore une idée farfelue du chanteur devenu philanthreupreneur vous direz ? Pas nécessairement.


Les banques du monde entier ne voient pas d’un bon œil l’arrivée des crypto-monnaies pour une raison bien simple. Qui dit décentralisation dit perte de leur hégémonie sur la monnaie mondiale. Les banques, se cachant derrière les gouvernements, fustigent ce type de monnaie et mettent plus en avant les dangers que les nombreux avantages qui pourraient découler de leur utilisation.


Je vais donc me baser uniquement sur le cas de l’Afrique et proposer des avantages à l’utilisation de la monnaie virtuelle en faisant des projections sur le futur.


D’un point de vue technologique, le continent a pris beaucoup de retard. La plupart des grandes avancées de ces dernières décennies se sont faites en dehors de l’Afrique. Le projet d’instauration de la crypto-monnaie dans le quotidien des africains nécessitera de gros investissements matériels et humains (formation d’ingénieurs/juristes et construction de data center).


Il faut prévoir environ 10 à 15 ans pour mettre en place les ressources énergétiques et logistiques permettant l’implémentation, la sécurisation, la distribution et l’utilisation de la monnaie. Cela ne peut se faire sans l’accord des banques centrales, et donc des différents gouvernements du continent.


Cette monnaie peut, graduellement, devenir la principale monnaie utilisée communément pour les échanges dans nos 54 pays. Mon idée n’est pas de changer brusquement le système car cela risque largement de créer de l’inflation ici et là à cause de la faible valeur de la monnaie créée. Il s’agit plutôt de mettre côte à côte nos monnaies nationales actuelles et la future monnaie virtuelle commune.


C’est une aubaine pour les panafricanistes détracteurs du F CFA. Une monnaie africaine qui ne soit pas totalement dépendante des cours de l’Euro ou du Dollar. Mais pour atteindre ce niveau, il faudra favoriser les échanges commerciaux dans nos pays à un point tel que la majorité d’entre eux se passe sur le continent.


Un autre avantage du système blockchain est la sécurité des transactions. L’utilisation du système ne se limite pas à la simple circulation de la monnaie. En effet, il peut aussi être utilisé dans d’autres secteurs d’activités. Il peut servir notamment au paiement des taxes et autres services administratifs réduisant ainsi considérablement les problèmes de corruption.


La blockchain peut aussi être utilisée pour toutes les élections. Cela va de soi qu’il faille d’abord passer par la case électrification totale + vote électronique mais elle permettra de fournir des résultats incontestables. Les entreprises peuvent aussi s’en servir pour gérer aussi bien leur comptabilité que leurs chaînes de distribution.


Le transfert de fonds de la diaspora africaine en Afrique n'est pas à négliger. Les moyens actuels manquent de fonctionnalité et ne permettent pas des échanges optimaux. Pour faciliter les échanges commerciaux en Afrique, la nécessité d'une monnaie unique, en plus d'une base de données identitaire et économique commune, semble de plus en plus évidente.


Ce système décentralisé a de nombreux avantages mais les inconvénients qui viennent avec ne sont pas moindre. D’un point de vue juridique, l’opacité du système en fait un repère idéal pour les criminels du numérique. Pour permettre une sécurisation optimale, le système ne sera jamais totalement décentralisé. Ça reste un inconvénient majeur. Il faudra donc mettre en place un nouveau droit adapté, de nouveaux textes économiques et juridiques verront ainsi le jour. Une nouvelle police plus apte à appréhender les cybercriminels, etc.


D’un point de vue énergétique, la consommation nécessaire pour faire fonctionner les bitcoin par exemple est de 24 térawatt par an, soit environ la consommation électrique annuelle du Nigeria. Et plus les transactions augmenteront, plus la consommation suivra. Je peux comprendre que cela soit un gros problème pour un continent qui manque cruellement d'infrastructures de production d'électricité.


La mise en place d’un nouveau système monétaire n’est pas une sinécure, le projet peut prendre plus de temps que prévu mais tant que l’idée est mise sur la table elle reste faisable. Il nous reste encore beaucoup à faire sur le continent en termes d’éducation, santé, accès à l’eau potable et au logement mais tous ces problèmes découlent pour la plupart d’une mauvaise gestion des ressources. Avec un système de blockchain robuste et fiable, on réduit les possibilités de mauvaise gestion et détournements des deniers publics. L’objectif étant que l’on ne prenne pas de retard sur les avancées économiques. Lorsque les grandes nations décideront de se lancer à fond dans le blockchain, nous serons prêts à relever le défi.



CEMAC : Communauté Economique et Monétaire de l’Afrique Centrale


BEAC : Banque des Etats de l’Afrique Centrale


F CFA : Franc de la Communauté Financière Africaine


Rapport BEAC : https://www.beac.int/download/Monnaie_Electroniqu_Janv-Sept_2017.pdf

0 vue

© 2016 - 2020 Gabthinker